À Montceau-les-Mines, l’usine Aillot abrite une impressionnante collection de camions anciens

À Montceau-les-Mines, en Saône-et-Loire, une ancienne usine industrielle abrite aujourd’hui une collection qui ne laisse pas les passionnés de camions indifférents. Derrière les murs de l’usine Aillot, les visiteurs découvrent des Berliet, Saviem, Volvo et Unic, témoins d’une époque où les poids lourds sillonnaient les routes de France et les grandes pistes africaines.

Le site est porté depuis 11 ans par l’association Camion ancien, créée à l’initiative de Céline Demonfaucon et François Gambut. Leur ambition est double : préserver la mémoire de l’ancienne usine Aillot et sauvegarder un pan du patrimoine routier français.

Une ancienne usine devenue un lieu de mémoire

L’histoire du site remonte au XIXe siècle. L’entreprise Aillot s’est notamment spécialisée dans la fabrication de rouleaux-compresseurs à partir de 1897. Parmi les pièces conservées sur place figure d’ailleurs un cylindre à vapeur de type A Aillot datant de 1911, actuellement en cours de restauration.

Au fil des années, l’association a entrepris de restaurer les bâtiments et de faire revivre ce lieu chargé d’histoire. La galerie des camions anciens constitue aujourd’hui l’une des principales attractions du site.

La visite commence avec un étonnant Saviem SG4 transformé en camion-épicerie. À l’intérieur, tout est fait pour replonger les passionnés plusieurs décennies en arrière : balance d’épicier, sacs de course en filet, anciennes boîtes de Bonux ou de Maggi et affichages de prix en francs. Les clémentines affichées à 9 francs et les endives à 12 francs le kilo donnent immédiatement au décor des airs de véritable voyage dans le temps.

Les Berliet stars de la collection

Parmi les véhicules exposés, les Berliet occupent une place de choix. Plusieurs modèles racontent à eux seuls l’histoire du transport routier français.

Le Berliet TLM 10 M2 4×2 de 1961 attire notamment l’attention des amateurs de cinéma. Le camion a été utilisé par Jean-Paul Belmondo dans le film Cent mille dollars au soleil. Dernier représentant de la gamme lancée en 1949, il se distingue notamment par sa direction assistée hydraulique et sa boîte de vitesses à deux leviers, surnommée « la tricoteuse ». Son nez carré annonce déjà la future cabine M3, apparue en 1963.

Le Berliet TBO 15 HC Sahara quant à lui, dispose d’un moteur six cylindres turbo diesel de 14,780 litres développant 320 ch. Ce poids lourd était taillé pour les convois exceptionnels et les longues traversées transsahariennes. Il pouvait tracter des semi-remorques sur les pistes désertiques et affiche seulement 16 500 km d’origine.

Lui aussi a connu les plateaux de cinéma. Dans Cent mille dollars au soleil, le TBO partage la vedette avec les autres Berliet conduits notamment par Bernard Blier, Lino Ventura et Jean-Paul Belmondo.

Le camion qui a déclenché toute une collection

Le Berliet GBC 8 M 6×6 Sahara, surnommé « Gazelle », possède une histoire particulière au sein de la collection. Ce camion de 7,9 litres et 150 ch a participé à la célèbre « mission Ténéré » de 1959, organisée par Berliet et l’explorateur Roger Frison-Roche. Neuf GBC avaient alors traversé le désert afin d’ouvrir des lignes destinées à ravitailler des populations isolées. Ce Berliet a également été utilisé dans Cent mille dollars au soleil, où il était conduit par Lino Ventura.

Son caractère polyvalent est à l’image de sa réputation : son moteur pouvait fonctionner avec plusieurs types de carburants. Surtout, ce « coup de cœur » est à l’origine de la collection de l’association, lancée en 1991.

Un Berliet de 1941 rescapé de l’Occupation

Plus loin, le Berliet GDRIG de 1941 raconte une histoire beaucoup plus sombre. Produit pendant l’Occupation, ce camion était équipé d’un gazogène, un dispositif permettant de produire un gaz inflammable à partir de la combustion du bois afin de faire fonctionner le moteur dans un contexte de pénurie de carburant.  Son parcours est particulièrement singulier. Saisi par les Allemands à sa sortie des chaînes Berliet, il a parcouru environ 1 750 km sur les routes de la région lyonnaise avant d’être abandonné chez un garagiste. Ce dernier l’a conservé à l’abri durant plusieurs décennies.

Le camion avait ensuite été remonté en diesel, mais n’a jamais pu reprendre la route faute de carte grise. L’association souhaite aujourd’hui le restaurer pour lui rendre sa configuration d’origine, avec son gazogène.

Du Volvo F88 à l’Unic Izoard

La collection ne se limite pas aux Berliet. Le Volvo F88 de 1977 rappelle l’arrivée d’une nouvelle génération de poids lourds. Avec son six cylindres turbo diesel de 9,6 litres, il s’est forgé une réputation de robustesse et de fiabilité sur les grandes lignes européennes et les itinéraires vers le Moyen-Orient.

Son allure très américaine s’explique par sa conception initialement pensée pour le marché américain. Ses suspensions particulièrement fermes ont d’ailleurs inspiré une anecdote devenue célèbre chez les chauffeurs : « tu passais sur une ombre de peuplier et tu décollais du siège ».

Le Volvo F88 a également connu les plateaux de cinéma. Il apparaît dans La Menace, film de 1977 avec Yves Montand, dont les cascades automobiles ont été réalisées par Rémy Julienne.

L’Unic ZU 122 Izoard de 1960 possède une esthétique typique de la marque française. Son moteur diesel six cylindres de 9,5 litres était associé à une boîte synchronisée, une direction assistée et un embrayage qui en faisaient un camion particulièrement agréable à conduire pour son époque.

Chez Unic, les noms de cols servaient à classer les modèles. L’Izoard se situait ainsi juste sous le Galibier dans la gamme. Cet exemplaire a travaillé dans une sablière de la Nièvre avant de terminer sa carrière auprès d’un céréalier près de La Charité-sur-Loire.

L’intérêt du site ne se limite pas aux véhicules. L’association Camion ancien cherche à faire de l’ancienne usine Aillot un véritable lieu de mémoire et de rencontres.

La galerie des camions anciens est ouverte aux visiteurs tous les dimanches après-midi durant l’été ainsi que le premier dimanche du mois de mai à octobre. À l’occasion des Journées européennes du patrimoine, il est également possible de découvrir les différents locaux de l’ancienne usine. Des visites peuvent par ailleurs être organisées sur rendez-vous pour les groupes d’au moins 20 personnes. Une formule associant visite et repas est également proposée.

Sur place, un espace bar à la décoration résolument vintage prolonge l’ambiance du musée. L’association organise aussi régulièrement des événements musicaux, donnant au site une dimension conviviale qui dépasse largement celle d’une simple exposition.

Combien coûte la visite de l’usine Aillot ?

Le tarif adulte est fixé à 7,50 €. Les jeunes de 12 à 18 ans bénéficient d’un tarif de 5,50 €, tandis que les demandeurs d’emploi paient 6 €. Le tarif famille nombreuse est de 18 € pour les parents et les enfants de moins de 18 ans. Pour les groupes sur rendez-vous, la visite guidée est proposée à 8,50 € par personne.