Du désert saharien aux confins de l’espace, l’exploration française n’a jamais été une simple aventure scientifique. C’est ce que met en lumière l’exposition Explorations : une affaire d’État ?, présentée au musée de l’Armée, au cœur des Invalides à Paris, du 15 avril au 16 août 2026. Une plongée ambitieuse dans près de 300 ans d’histoire où se croisent ambitions politiques, innovations techniques et stratégies militaires.

À travers une riche collection d’archives, d’objets scientifiques et d’œuvres d’art, l’exposition retrace l’évolution des grandes expéditions françaises depuis le XVIIIe siècle. Après la défaite lors de la guerre de sept ans, la monarchie française cherche à restaurer son prestige face aux puissances maritimes dominantes, notamment britanniques et hollandaises. L’exploration devient alors un levier stratégique : il s’agit de cartographier, comprendre, mais aussi revendiquer.
Au fil des siècles, les motivations évoluent. Le XVIIIe siècle privilégie les découvertes scientifiques et commerciales. Le XIXe siècle accompagne l’expansion coloniale, tandis que le XXe siècle, marqué par les conflits mondiaux, voit émerger une exploration technologique et militaire. Aujourd’hui, les enjeux se déplacent vers les abysses, les pôles et l’espace, dans un contexte de tensions géopolitiques et de crises environnementales.
Le scarabée d’or, symbole d’une modernité conquérante
Parmi les pièces phares, le mythique « scarabée d’or » occupe une place centrale. Conçu par Citroën, ce véhicule à chenilles révolutionnaire incarne l’audace technologique des années 1920. En décembre 1922, il s’élance pour la première traversée automobile du Sahara, sous la direction de Georges-Marie Haardt et de Louis Audouin-Dubreuil.

Le 7 janvier 1923, l’expédition atteint Tombouctou après 3 205 km parcourus en seulement 21 jours, un exploit quand les caravanes mettaient jusqu’à 6 mois. Au-delà de la prouesse technique, la mission démontre le potentiel stratégique des véhicules motorisés dans des environnements extrêmes.
De retour en France, le véhicule est offert au musée de l’Armée par André Citroën. Exposé aux Invalides, il devient un symbole de l’alliance entre industrie, armée et exploration. Après plusieurs décennies d’absence, le scarabée d’or retrouve aujourd’hui sa place historique, restauré et remis en scène pour le public.


Entre science, armée et géopolitique
L’exposition insiste sur le rôle clé des militaires dans ces expéditions. Navigateurs, ingénieurs, cartographes ou médecins, ils apportent des compétences essentielles à des missions souvent périlleuses. Loin d’être neutres, ces explorations répondent à des objectifs précis : établir des routes, tester des technologies, sécuriser des territoires ou affirmer une présence stratégique.
Aujourd’hui encore, ces logiques persistent. L’exploration des fonds marins ou de l’espace s’inscrit dans une compétition mondiale pour l’accès aux ressources et la maîtrise des technologies. À cela s’ajoutent de nouveaux défis : protection des écosystèmes, surveillance climatique, ou encore cybersécurité.
En interrogeant trois siècles d’exploration, Explorations : une affaire d’État ? dépasse le simple récit historique. Elle invite à réfléchir aux motivations profondes de ces grandes entreprises humaines. Explorer, est-ce découvrir, comprendre… ou conquérir ?