EMPI, 70 ans d’une légende du mouvement Volkswagen

En 2026, EMPI fête ses 70 ans. Sept décennies durant lesquelles cette entreprise américaine a profondément marqué le mouvement VW à travers le monde. Pour les passionnés de VW aircooled, le nom EMPI évoque immédiatement la performance, l’ingéniosité et l’avant-gardisme. Mais derrière ces quatre lettres se cache avant tout l’histoire d’un homme : Joe Vittone, entrepreneur visionnaire, pilote du mouvement VW bien avant qu’il ne devienne une véritable culture automobile.

Pour beaucoup, l’aventure EMPI débute à Riverside, en Californie, avec la création d’un simple guide de soupape de remplacement pour moteur Volkswagen. Pourtant, les racines de cette success story plongent bien plus loin dans le temps, à une époque où l’industrie automobile américaine ne jurait pas encore par la Coccinelle.

Joe Vittone, l’homme derrière EMPI

Joe Vittone est démobilisé de l’US Air Force en 1944. Deux ans plus tard, il fonde à Stockton, en Californie, la Stockton Cycle Company, un atelier spécialisé dans la vente et l’entretien de motos britanniques. Cette première entreprise, qui en appellera d’autres, devient un véritable laboratoire technique. Vittone y apprend les subtilités des moteurs refroidis par air, notamment le remplacement des guides de soupapes, une opération alors courante dans le monde de la moto.

Dès cette époque, Joe Vittone n’est pas seul. Il s’entoure de Chuck Tatum, pilote et constructeur de voitures de course reconnu, et de Holton “Holt” Haughey, son associé commercial. Ces deux hommes joueront un rôle déterminant dans les futures entreprises de Vittone. En 1946, ce dernier fait construire pour 6 000 dollars le bâtiment de la Stockton Cycle Company, qu’il dirigera jusqu’en 1954 avant de décider de changer de cap et de ville.

Un accident de moto, survenu l’année suivante, va profondément marquer sa vie. Gravement blessé à la jambe, Joe Vittone ne retrouvera jamais une mobilité normale. Contraint de marcher avec des béquilles ou en boitant fortement, il conserve de lourdes séquelles. Il engage alors des poursuites contre la compagnie de bus et son chauffeur, obtenant un dédommagement de 42 000 $. Ce règlement financier, au-delà de l’épreuve personnelle, jouera un rôle clé dans son avenir professionnel.

Au début des années 1950, Vittone découvre la Volkswagen Coccinelle. À l’époque, la marque allemande mène une politique active de promotion auprès des concessionnaires et ateliers de motos, séduits par la simplicité du moteur refroidi par air. Impressionné par le concept, Joe Vittone achète une Coccinelle vers 1952. Rapidement, il se renseigne sur les possibilités de devenir concessionnaire officiel et identifie Riverside comme une zone à fort potentiel commercial.

En 1954, il franchit le pas : Joe Vittone achète une franchise Volkswagen et s’installe à Riverside avec sa famille. Les fonds issus de son procès financent à la fois la franchise et ce déménagement décisif. Le 20 juillet 1955, il ouvre officiellement sa concession, baptisée Economotors, répartie entre deux sites stratégiques : le 3506 Main Street, au centre-ville, et le 3575 Merrill Street, face au Riverside Plaza.

Très vite, une anomalie attire son attention. Un nombre important de culasses Volkswagen sont remplacées intégralement plutôt que reconditionnées. La politique du constructeur impose en effet le remplacement pur et simple des pièces. Vittone, fort de son expérience dans la moto, s’interroge : pourquoi ne pas remplacer uniquement les guides de soupapes, comme il le faisait déjà depuis des années ? L’idée est simple, mais révolutionnaire dans l’univers VW de l’époque.

En quelques semaines, l’équipe de mécaniciens d’Economotors se forme à la dépose et à la pose de guides de soupapes sans recourir à un outillage coûteux. Reste à choisir le bon matériau. La solution vient du frère de Holton Haughey, qui suggère l’utilisation du bronze aluminium-silicium, déjà employé dans l’aéronautique. Les premiers guides sont usinés dans l’atelier de l’aéroport de Flabob, puis emballés à l’arrière-boutique d’Economotors. 

EMPI, 70 ans d’une légende du mouvement Volkswagen

1956 : création d’EMPI et révolution des pièces VW

Le 9 mars 1956, EMPI (European Motors Parts Inc) voit officiellement le jour. Une nouvelle ère commence pour les accessoires et pièces performance Volkswagen.

Dès ses débuts, EMPI ne se contente pas des guides de soupapes. En 1956, l’entreprise distribue les kits Okrasa pour moteurs 30 ch, avant d’importer, en 1958, les kits autrichiens Denzel, réputés pour leur conception soignée, leur qualité supérieure et leur prix plus compétitif. Parallèlement, EMPI commercialise une barre antiroulis avant destinée à améliorer la tenue de route des Coccinelle. Les catalogues de l’époque promettent un comportement digne d’une voiture de sport. Si l’adoption reste limitée au départ, Volkswagen finit par installer une barre antiroulis de série dès 1959, confirmant la pertinence de l’idée.

L’innovation continue avec le développement d’un stabilisateur arrière destiné à limiter l’inversion de carrossage en appui violent, un phénomène dangereux qui réduit les performances et provoque des accidents. Ce dispositif est monté sur la Coccinelle Ovale de 1956 du pilote Dan Gurney lors du Grand Prix Volkswagen de Nassau en 1962. Le succès est immédiat : près de 10 000 exemplaires sont vendus à travers le monde. Conscient de l’évolution de son entreprise, Joe Vittone remplace alors “European” par “Engineered” dans le nom EMPI, affirmant son orientation vers des produits techniques de haute qualité.

Lors d’un voyage en Europe, Vittone rencontre Graham Hill, alors à la tête de Speedwell, une société britannique spécialisée dans les accessoires de compétition pour voitures européennes. Un partenariat commercial est rapidement conclu : Speedwell fabrique certaines pièces pour EMPI et en développe d’autres spécifiquement pour les Volkswagen, destinées au marché américain.

En 1963, Joe Vittone et son fils Darrell achètent une Coccinelle en Angleterre et la confient à Speedwell pour le développement d’un montage à double carburateur Stromberg. Ce séjour européen leur permet également de rencontrer Tony Rudd, patron du prestigieux team BRM, pour lequel Graham Hill a déjà couru. De ces échanges naît un accord emblématique : la production d’une jante en magnésium destinée à la VW, devenue légendaire sous le nom de jante BRM.

EMPI : quand performance rime avec style et graphisme

Les catalogues d’EMPI, véritables vitrines de l’époque, offrent bien plus que des accessoires chromés ou des pièces haute performance : ils incarnent une vision globale du style et du marketing automobile.

Pour promouvoir ses produits, EMPI ne se contente pas que de diffuser des catalogues. Posters, T-shirts et stickers viennent compléter la panoplie de goodies, faisant de la marque un objet de désir au-delà de la simple mécanique. Les catalogues, en particulier, se distinguent par leur richesse et leur organisation : chaque ligne de produits est pensée pour guider les propriétaires dans le choix de leurs accessoires et solutions de performance.

Au cœur de cette identité visuelle, on retrouve Heinz O. Jung, figure clé du marketing EMPI. D’abord à la tête du département Art & Photographie, il devient ensuite directeur artistique et imprime sa marque sur l’ensemble des supports de communication de la marque. Il conçoit les fonds d’emballage, habille les boîtes de pièces et réalise les catalogues, qui resteront longtemps des références pour leur graphisme typique des États-Unis de l’époque.

Mais Heinz ne se contente pas de créer des catalogues techniques : il y insuffle une dimension esthétique, féminine et élégante. Les pages d’EMPI deviennent alors de véritables publications tendances, où la femme occupe une place centrale. Qu’elle soit au volant d’une Coccinelle cabriolet ou vêtue d’une tenue de pilote, elle accompagne la présentation des accessoires avec grâce et subtilité. Ce choix, stratégique et non avoué, permet à EMPI de toucher un public plus large et d’inscrire sa marque dans les foyers, au-delà du cercle masculin traditionnel de l’automobile.

Aujourd’hui, les collectionneurs s’arrachent ces catalogues et emballages vintage, non seulement pour la qualité des pièces, mais aussi pour leur style, véritable témoignage d’une époque où la performance automobile se conjuguait avec l’élégance visuelle.

EMPI GTV : démocratiser l’esprit racing

Depuis ses débuts, le département Performance de la marque a façonné l’image d’EMPI, un esprit désormais rendu accessible au grand public grâce au label GTV.

C’est au début de 1967 que Joe Vittone imagine le programme GTV, visant à offrir aux propriétaires de VW la possibilité de personnaliser et de transformer leur voiture grâce à des kits officiels. Quelques modèles expérimentaux voient le jour dès 1966, mais c’est véritablement en 1969 qu’EMPI dévoile la fameuse Coccinelle GTV. L’idée est simple : permettre à chaque propriétaire de VW de personnaliser sa voiture grâce à un kit officiel, disponible à partir de 1970. Accessoires extérieurs et intérieurs, jantes Sprint Star, volants GT, barres stabilisatrices… Chaque kit promet de transformer la petite Coccinelle en sportive au style affirmé.

La première présentation officielle a lieu lors de l’Internationale Automobil-Ausstellung (IAA) de Francfort, le salon automobile le plus prestigieux du monde. Le stand EMPI attire immédiatement l’attention avec le Buggy Imp, salué par le Chancelier allemand Georg Kiensinger et Kurt Lotz, alors directeur de Volkswagen AG. La Coccinelle “EMPI Equipped GTV” est également à l’honneur : plusieurs exemplaires sont exposés, et il est même possible de les essayer à l’extérieur du salon, face aux modèles officiels VW. La presse spécialisée encense alors ces préparations venues d’outre-Atlantique, donnant un coup d’accélérateur à la notoriété d’EMPI.

Les kits GTV, proposés en cinq formules, se distinguent par leur niveau d’accessoires et leur orientation. Le Mark I s’adresse aux Coccinelle “Big Bumpers” de 1970, avec un ensemble complet pour un style affirmé. Le Mark II mise sur le confort avec des jantes chromées et des accessoires intérieurs supplémentaires. Le Mark III, plus ambitieux, se concentre sur la performance avec des amortisseurs sport Koni, une instrumentation racing, des scoops d’air et un look plus chargé, offrant une tenue de route comparable à celle d’une Porsche 911 S selon la presse de l’époque. Les Mark IV et Mark V prolongent l’esprit GTV en l’adaptant à d’autres modèles emblématiques de Volkswagen. Le Mark IV, destiné au Karmann Ghia (Type 14), se distingue par des détails sur-mesure : un volant GT au moyeu spécifique, des jantes Sprint Star chromées en 4,5×15 adaptées au déport du véhicule, et un kit autocollant “Stripe” pensé pour souligner la silhouette du coupé. Quant au Mark V, conçu pour les Fastback et Variant (Type 3), il reprend l’essentiel du Mark II avec des ajustements ciblés : les jantes Sprint Star chromées en 4,5×15, un volant gainé de simili cuir et un moteur spécifique, offrant à ces modèles une personnalité et des performances à la hauteur de l’esprit EMPI.

L’offre GTV repose sur quatre axes : Styling, Luxury, Performance et Handling, permettant au client de composer sa Coccinelle selon ses envies. Tout est pensé pour améliorer la tenue de route, la suspension, le poids ou l’équipement intérieur, sans toucher à la mécanique et donc sans compromettre la garantie constructeur. Pour ceux qui souhaitent progresser à leur rythme, le catalogue EMPI propose un large choix d’accessoires pour transformer progressivement leur VW en véritable GTV.

En 1970, 150 points de vente aux États-Unis distribuent ces kits, consolidant le marché de la pièce de performance et de l’accessoire pour Volkswagen. EMPI devient alors un acteur central de l’histoire du mouvement VW, alliant esprit racing, style et innovation technique, et laissant une empreinte indélébile dans le monde des préparateurs automobiles.

Inch Pincher : l’icône qui a marqué l’histoire du drag VW

Parmi les légendes de l’univers du drag VW, une Coccinelle se détache particulièrement : l’Inch Pincher. Rouge et mythique, la Cox Ovale a porté les couleurs d’EMPI pendant une décennie, captivant pilotes et passionnés du monde entier.

Tout commence avec Darell Vittone, qui utilise au quotidien cette VW Coccinelle Ovale de 1956 équipée d’un moteur d’origine de 30 ch d’un échappement sport et de jantes chromées. Mais c’est sur la piste que la Cox va véritablement faire parler d’elle. Lors de la création du Grand Prix Volkswagen à Nassau, aux Bahamas, Joe Vittone demande à son ami le pilote Dan Gurney de tenter l’expérience en compétition pour promouvoir les suspensions EMPI. Habitué des essais à Riverside, Gurney s’impose lors de cette première course, posant les bases de la légende.

EMPI, 70 ans d’une légende du mouvement Volkswagen
Inch Pincher

L’année suivante, EMPI revient avec un moteur préparé spécialement par Gurney. Bien qu’il franchisse la ligne d’arrivée en première position, il est disqualifié pour non-conformité des ressorts de soupape. Après cette expérience, Joe Vittone met un terme à la compétition, laissant Darell récupérer sa Cox. Mais sous l’impulsion de Dean Lowry, la voiture est adaptée pour le dragster, et Darell réalise un 14,90 s à 146 km/h, faisant de l’Inch Pincher la plus rapide de sa classe en 1965, malgré une transmission fragile.

Les années suivantes voient la transformation de l’Ovale en véritable bête de course. La voiture passe par plusieurs moteurs, dont un 1900 double carbu 48 IDA, puis un moteur surcompressé développant 220 ch, capable de parcourir les 400 m en 12,7 s à 170 km/h dès 1967. Les règlements ayant changé, la Cox est allégée : axe rigide à l’avant, aluminium et poly remplaçant la tôle, lunette en plexi, et une peinture rouge Metalflakes avec flammes. Avec ses 544 kg, elle est désormais un véritable bolide de drag, équipée de jantes BRM après avoir connu plusieurs évolutions.

À la fin de 1970, l’Inch Pincher initiale cède la place à une nouvelle version sur base de 1959, rebaptisée Inch Pincher Too, avec une peinture psychédélique signée Molly. Avec son moteur 2 litres de 170 ch, elle établit un record de sa catégorie à Orange Country Raceway : 11,50 s à 185 km/h. Après plusieurs changements de propriétaires, elle disparaît définitivement de la scène. Une réplique de cette Cox se trouve chez Flat 4 au Japon .

L’histoire continue avec la Inch Pincher III, construite par Richard Guarino d’EMPI of New York sur une base de 1952. Dotée d’un moteur 1955 cm³ de 160 ch et peinte en orange, cette Coccinelle est passée entre les mains de collectionneurs avant d’être acquise par FLAT4 au Japon. La restauration, fidèle à l’original, a inclus des pièces d’époque comme les sièges baquets, le levier de vitesses E-Z-R et le volant GT. Le moteur a été porté à 1 995 cm³ pour respecter les spécifications originales. L’Inch Pincher III fait sa première apparition publique en 1997 lors du VW Classic en Californie du Sud, avant de rejoindre le Japon en 2001, où elle est régulièrement exposée et participe à des courses de drag VW. Une remise à neuf en 2012 lui a redonné l’éclat de ses débuts, rappelant au monde entier pourquoi l’Inch Pincher reste une icône du drag VW.

EMPI, 70 ans d’une légende du mouvement Volkswagen

Un calendrier bien chargé pour les 70 ans d’EMPI

Au cours de l’année 2026, EMPI célèbrera son 70 anniversaire à travers une série d’événements majeurs organisés aussi bien aux USA qu’en Europe. Un programme dense, pensé pour rendre hommage à son héritage tout en mettant en lumière l’innovation et la communauté VW qui ont façonné son succès.

EMPI, 70 ans d’une légende du mouvement Volkswagen

Les festivités débuteront dès le 26 février 2026 à Anaheim, en Californie, avec le PMO Induction Open House, organisé au siège d’EMPI. Cet événement offrira au public une immersion dans les coulisses de la fabrication des carburateurs PMO, mettant en avant des procédés de production de haute précision, inspirés de l’aéronautique, et l’utilisation de matériaux de qualité aerospace.

Du 9 au 14 mars 2026, EMPI mettra à l’honneur les acteurs de terrain avec l’AirCooled Appreciation Week. Cette semaine sera dédiée aux ateliers indépendants et aux magasins spécialisés, véritables piliers de la communauté air-cooled. À travers leur savoir-faire et leur engagement, ces professionnels perpétuent les connaissances techniques et l’artisanat nécessaires à la survie des VW et Porsche refroidies par air.

L’été s’annonce particulièrement intense. Du 15 au 20 juin 2026, l’EMPI Engine Battle-World Cup réunira des motoristes du monde entier, prêts à repousser les limites de la performance. Cette compétition internationale mettra en lumière la puissance, la précision et l’ingéniosité des préparateurs air-cooled, dans une confrontation où chaque détail technique compte.

Le 20 juin 2026, EMPI organisera un Open House spécial 70 anniversaire, moment central de cette année commémorative. L’événement rendra hommage à l’histoire de la marque, à ses innovations et à la communauté qui l’a façonnée depuis 7 décennies. Présentations de produits, accès aux coulisses et rencontres entre passionnés rythmeront cette journée anniversaire.

EMPI traversera l’Atlantique pour participer au 11 European Bug-In, du 3 au 5 juillet 2026. Ce rendez-vous incontournable de la scène VW européenne sera l’occasion pour la marque de présenter ses pièces performance et de célébrer l’esprit VW aircooled au cœur d’un rassemblement mêlant véhicules classiques et préparations de pointe.

À l’automne, la marque proposera un format plus spectaculaire avec le EMPI Dune Buggy Rodeo, prévu en octobre 2026. Cet événement d’une journée combinera compétitions chronométrées, passages au banc de puissance et évaluations de véhicules, dans une ambiance résolument off-road et orientée performance.

Enfin, l’année se conclura sur la scène internationale du SEMA Show, du 3 au 6 novembre 2026. EMPI y présentera ses dernières innovations et réaffirmera son rôle dans l’évolution de la culture automobile.

70 ans après sa création, EMPI reste fidèle à l’esprit insufflé par Joe Vittone : repousser les limites techniques, cultiver le style et fédérer les passionnés autour d’une vision commune de la performance VW. Une légende toujours bien vivante.

Crédit photos : EMPI, FLAT 4