Epoqu’Auto 2025 à Lyon : 70 ans de la Citroën DS, exposition Opel, pompiers et marques lyonnaises

Le salon Epoqu’Auto 2025 a une fois encore confirmé son statut d’événement incontournable pour les amateurs d’automobiles de collection. Entre patrimoine industriel, élégance française et mémoire collective, cette nouvelle édition a offert un voyage à travers l’histoire mécanique, avec plusieurs plateaux thématiques d’exception : Citroën DS, Opel, les marques lyonnaises et une exposition du musée des sapeurs-pompiers de Lyon.

Une immersion dès l’entrée

Dès les premières allées, le visiteur est happé par l’ambiance singulière du salon. Sur la place des Lumières, le temps semble suspendu. Au centre, trône une Delaunay MF6 de 1923, d’abord voiture de maître avant d’être transformée en véhicule d’intervention pour les pompiers de Montalieu-Vercieu. Ce modèle rare symbolise à lui seul la capacité d’adaptation et l’ingéniosité d’une époque où l’automobile entrait au service du public.

À quelques mètres de là, les passionnés se pressent autour d’une autre vedette du salon : une Citroën DS 21 Pallas au passé présidentiel. Révélée dès le vendredi matin par l’Atelier des Chevrons et son propriétaire actuel, cette voiture fut immatriculée à l’Élysée le 2 octobre 1965 et utilisée par le général de Gaulle jusqu’en 1967.

Spécialement équipée pour le Chef de l’État, pare-soleil arrière, porte-documents, porte-fanions et cocardes d’apparat, cette DS 21 ne disposait cependant pas de blindage. Après son service présidentiel, elle connut plusieurs propriétaires avant de sombrer dans l’oubli. Vendue aux enchères en 2021 sous forme d’épave, elle a été restaurée depuis 2023 grâce au savoir-faire du garage Marchesseau et de l’Atelier des Chevrons. Le résultat impressionne : le tissu d’origine des sièges a été conservé, les éléments d’époque soigneusement remis en état. Une véritable renaissance, saluée par les connaisseurs.

La DS, 70 ans d’avant-garde

Cette édition 2025 marque un anniversaire emblématique : les 70 ans de la Citroën DS, présentée pour la première fois au Salon de l’Automobile de Paris le 6 octobre 1955. Véritable ovni technique et esthétique, la DS redéfinit alors les standards de l’industrie automobile.

Son système hydraulique centralisé, pilotant direction, freinage et suspensions, bouleverse les codes. Sa suspension hydropneumatique, ajustable et souple, offre un confort de conduite inédit. La direction assistée, le freinage assisté et le volant monobranche (conçu pour réduire les blessures en cas de choc) témoignent d’une volonté de marier sécurité, innovation et élégance.

Dans l’habitacle, le tableau de bord futuriste et la position ergonomique des commandes traduisent une réflexion d’avant-garde. La DS ne se contentait pas d’être belle : elle était aussi intelligente.

Sur le plateau dédié, onze modèles retracent les trois grandes périodes de la DS : Dont le premier nez (1955-1962) doté de deux phares ronds, un pare-chocs épuré et une pureté des lignes. Puis le deuxième nez (1962-1967) avec des nouvelles prises d’air, des butoirs et des retouches aérodynamiques. Enfin, le troisième nez (1967-1975) avec des ailes plates, des quatre phares sous verre, dont deux orientables selon la direction.

Les passionnés peuvent admirer sur le plateau dédié à la Citroën DS plusieurs DS 19 aux coloris variés, des ID 19 des années 1950-60, une DS 21 cabriolet de 1967, ou encore une flamboyante D Super 5 rouge Massana de 1973.

Et parce qu’à Lyon, l’élégance ne s’arrête pas à la carrosserie, ces automobiles d’exception dialoguent avec les créations du couturier Nicolas Fafiotte, célèbre pour avoir habillé plusieurs Miss France. Les duos robe-voiture racontent à leur manière une histoire de raffinement à la française.

Une DS break laboratoire Michelin Analytique est également présentée sous la place des lumières. Véritable outil de recherche du géant du pneumatique, ce véhicule expérimental servait à tester les pneus de voitures, à l’instar du mythique « Mille-Pattes » dédié aux poids lourds.

Sur le stand des 3A, les passionnés peuvent admirer une Citroën DS volante, immortalisée dans le film Fantômas se déchaîne. Sorti en 1965, ce deuxième volet d’une trilogie met en scène le célèbre Fantômas, interprété par Jean Marais, aux côtés du Commissaire Juve, campé par Louis de Funès. L’automobile, emblème de l’ingéniosité cinématographique des années 1960, attire tous les regards grâce à son rôle spectaculaire dans cette comédie d’aventure.

Opel, une exposition rétrospective

Epoqu’Auto 2025 propose également une rétrospective d’envergure consacrée à Opel, retraçant la saga du constructeur allemand à travers une vingtaine de modèles produits entre les années 1930 et 1995.

Opel a toujours misé sur la robustesse et la fiabilité, en témoigne sa devise « Opel, der Zuverlässige » (« Opel, la fiabilité »). De la compacte Kadett aux majestueuses Kapitän et Diplomat, la marque a su couvrir tout le spectre du marché automobile, du modèle populaire à la berline de prestige.

Mais Opel, c’est aussi le sport automobile. Les années 1970 et 1980 furent marquées par les exploits de pilotes tels que Jean Ragnotti, qui fit ses débuts chez Opel, et par la Manta, devenue une véritable icône. La Manta B, qui célèbre ses 50 ans cette année, est à l’honneur à Epoqu’Auto.

La mythique Manta 400 Groupe B usine de 1982 est la vedette du plateau. Produite à seulement 17 exemplaires, cette propulsion de 260 ch n’existe plus qu’en 3 exemplaires dans le monde. Pilotée tour à tour par Guy Fréquelin, Jimmy McRae, Ari Vatanen ou Walter Röhrl, elle reste une légende du rallye. À ses côtés, une Manta B série limitée Fréquelin rappelle la version routière de ce modèle mythique.

Opel, c’est aussi une histoire d’utilitaire. Le camion Blitz, produit de 1930 aux années 1970, était léger, rapide et capable de prouesses logistiques. Devenu tristement célèbre pour son usage par la Wehrmacht, il est présenté ici dans un état brut de “sortie de grange”, rouillé mais chargé de mémoire, au cœur d’une scénographie immersive.

Les passionnés peuvent aussi découvrir un véhicule inattendu : la Limousine Opel Omega à 6 portes, transformée par un carrossier américain et produite à seulement quelques dizaines d’exemplaires. Conçue pour le transport de VIP, cette limousine pouvait accueillir jusqu’à huit passagers, reliant les grands hôtels parisiens aux aéroports.

Des véhicules de sapeurs-pompiers et de marques lyonnaises

Le plateau consacré aux véhicules de secours regroupe des pièces issues de la collection du musée des sapeurs-pompiers de Lyon. Parmi elles, le Camion-Citerne Feux de Forêts moyen Sinpar Castor CCFM (1965) surprend par son originalité : derrière une silhouette rappelant l’Estafette, ce véhicule combine transmission intégrale Sinpar, éléments Renault et pompe Guinard. Malgré son ingénierie avancée, il ne parvient pas à s’imposer face à l’Unimog 404.

Autre modèle emblématique, le Fourgon Mixte GAK 17 de Berliet (1960), destiné aux feux urbains, se distingue par ses lignes futuristes dessinées par le styliste Philippe Charbonneaux. Plusieurs exemplaires sont livrés aux casernes lyonnaises, symbolisant l’innovation technique et la modernisation du matériel de secours.

Enfin, l’ambulance Peugeot 203 de 1956, fabriquée par la carrosserie Surirey pour Peugeot, illustre l’évolution des missions des pompiers : plus de 80 % de leur activité actuelle concerne le secours aux personnes. Avec plus de 1 200 exemplaires produits jusqu’en 1957, cette ambulance fut remplacée par la Peugeot 403.

La collection du musée des sapeurs-pompiers compte environ 160 véhicules, conservés dans ses réserves à Vaulx-en-Velin. Ils ne sont accessibles au public que lors de rares événements, comme les Journées européennes du patrimoine ou, exceptionnellement, ce week-end à l’occasion d’Epoqu’Auto.

Si la construction automobile a depuis longtemps quitté Lyon, la ville fut au début du XXe siècle un véritable laboratoire pour les passionnés de mécanique. Entre 1896 et 1947, plus de 100 constructeurs se lancent dans l’aventure, profitant d’une industrie mécanique déjà florissante et d’une bourgeoisie curieuse des nouveautés automobiles.

Après la Première Guerre mondiale, l’effervescence se poursuit jusque dans les années 1930. Mais les crises économiques de 1929 et 1936 précipitent le déclin : seuls Berliet et quelques autres constructeurs spécialisés survivent. Berliet, en se concentrant sur les poids lourds, s’impose comme leader français, tandis que Rochet Schneider est absorbé par Berliet. Progressivement, la région lyonnaise devient un berceau de l’industrie du transport de marchandises et de passagers, perpétuant un savoir-faire reconnu.

Pour faire revivre ce patrimoine, Epoqu’Auto 2025 consacre un plateau aux marques lyonnaises disparues, installé dans le Hall 7. Une vingtaine de voitures, issues de 14 constructeurs emblématiques tels que Audibert & Lavirotte, La Buire, Cottin & Desgouttes, Rochet Schneider, Vermorel, Philos, Jean Gras, Luc Court, Fournier Marcadier, Pilain et d’autres contructeurs sont présentées.

Parmi les modèles exposés, on retrouve la Torpédo Philos de 1913, originaire du quartier de Montchat, léger et agile, utilisé dans des courses régionales et dans l’armée française comme véhicule de liaison.

Une Audibert & Lavirotte de 1898) est la doyenne du plateau. Elle illustre les débuts de la production industrielle lyonnaise. Maurice Audibert, associé à Émile Lavirotte, réalisa dès 1894 des véhicules entièrement produits en interne, moteurs compris. Lors du Salon du Cycle 1896 à Paris, 6 modèles sont exposés, dont un wagonsalon et un camion. Bien que la société ait été dissoute en 1901, elle a permis à Marius Berliet de racheter l’usine et de devenir l’un des grands noms de l’industrie automobile française.