Gobron-Brillié, le génie mécanique français qui a défié les records

À la charnière des XIX et XX siècles, l’industrie automobile française foisonne d’innovations. Parmi les constructeurs les plus innovants figure Gobron-Brillié, une marque aujourd’hui oubliée du grand public mais qui a pourtant marqué l’histoire par ses choix techniques atypiques et ses exploits en compétition.

Fondée en 1898 à Boulogne-sur-Seine par Gustave Gobron et Eugène Brillié, l’entreprise s’impose rapidement grâce à un moteur aussi original qu’ingénieux. Brillié met au point un système inédit : un moteur à pistons opposés logés dans un seul et même cylindre. Cette architecture, conservée jusqu’en 1923, constitue la signature technique de la marque.

Un moteur innovant

Le principe est aussi simple que révolutionnaire. Dans chaque cylindre, deux pistons se déplacent en sens opposé et forment, lorsqu’ils atteignent leur point mort supérieur au centre du cylindre, la chambre de combustion. Le vilebrequin est placé sous les cylindres : le piston inférieur y est relié par une bielle classique, tandis que le piston supérieur agit via un culbuteur et une longue bielle désaxée. Un système comparable sera plus tard utilisé par d’autres constructeurs comme Arrol-Johnston, Junkers ou Lancia.

Au-delà de sa conception mécanique, le moteur Gobron-Brillié se distingue par sa polyvalence énergétique. Ce moteur permettait une grande polyvalence dans l’usage des carburants, allant de l’essence à l’alcool éthylique, mais aussi… au gin, brandy ou whisky !  Une curiosité technique qui attire l’attention lors du Salon agricole de 1901, où 15 moteurs à alcool sont exposés, dont celui de Gobron-Brillié.

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Des exploits en compétition

La marque ne se contente pas d’innover : elle brille également en compétition. En 1904, une voiture de course Gobron-Brillié franchit pour la première fois la barre des 160 km/h. La même année, à Nice, le pilote Louis Rigolly établit un record mondial de vitesse à 166,647 km/h au volant d’une impressionnante Gobron-Brillié de 13,6 litres. Les modèles de la marque se distinguent également lors des grandes courses ville à ville, comme Paris-Berlin ou Paris-Vienne.

Jusqu’en 1906, la production de série repose sur des châssis tubulaires et des moteurs bicylindres de 2 290 cm³ ou quatre cylindres de 4 580 cm³, complétés par des moteurs plus conventionnels à soupapes latérales. En 1911, Gobron-Brillié franchit un nouveau cap avec deux imposantes voitures de 8 165 et 9 123 cm³.

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Après la Première Guerre mondiale, le constructeur renaît sous le nom Automobile Gobron. Il propose alors une six cylindres de 7 490 cm³ développant 35 ch, toujours fidèle au principe des deux pistons par cylindre, enrichi cette fois d’une distribution à fourreaux. Mais face à la concurrence de moteurs plus fiables, comme les Chapuis-Dornier de 1 495 cm³ présentés en 1922, la marque peine à se maintenir. Une ultime tentative voit le jour avec les modèles “Turbo-Sport” de 1 327 et 1 500 cm³, produits en petite série et équipés d’un compresseur Cozette.

Si Gobron-Brillié disparaît finalement du paysage automobile, son héritage demeure celui d’un constructeur pionnier, animé par une foi inébranlable dans l’innovation. Une page singulière de l’histoire automobile française, où l’audace mécanique rimait avec quête de vitesse et records mondiaux.

Crédit photos : Gallica, Science Museum Group, RM Sotheby’s