La Fédération Française des Véhicules d’Époque (FFVE) monte au créneau. Dans une lettre adressée aux parlementaires, l’organisation conteste vivement l’amendement n° I-3379 adopté le 31 octobre en 1ère lecture dans le cadre du projet de loi de finances 2026. Celui-ci prévoit d’intégrer les véhicules de collection à l’assiette du nouvel Impôt sur la Fortune Improductive (IFI). Une décision jugée « infondée » par la FFVE, qui estime que ces véhicules sont tout sauf des actifs improductifs.
L’argument central : le véhicule de collection représente un patrimoine vivant, générateur d’activité économique, d’emplois et d’attractivité touristique. Une réalité que la fédération appuie sur une vaste étude socio-économique menée en 2024 avec l’institut YouGov, la plus complète réalisée à ce jour en France.
Un patrimoine mobile qui fait vivre des savoir-faire
Contrairement à l’image d’objets statiques dormant au fond d’un garage, les véhicules anciens continuent de rouler. Les propriétaires parcourent en moyenne 1 082 km par an. Cette utilisation régulière mobilise une main-d’œuvre spécialisée, souvent rare et ancrée dans les territoires.
L’étude chiffre l’implication financière des passionnés :
- 3 040 € de dépenses directes par an et par collectionneur pour l’entretien, la réparation, l’assurance ou le garage ;
- 5 507 € annuels en incluant les dépenses touristiques et événementielles ;
- 67 % des propriétaires prévoient une restauration dans les années à venir, la plupart du temps confiée à des artisans dont les métiers — tôliers-formeurs, selliers, motoristes — sont faits de gestes difficiles à délocaliser.
Un secteur économique porteur
Le monde des véhicules d’époque est loin d’être une niche désuète. Il constitue une filière économique structurée, composée de centaines d’entreprises spécialisées, souvent en croissance. Selon la FFVE :
- le secteur représente 3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel ;
- il emploie 23 500 personnes en équivalent temps plein ;
- 40 % des entreprises sondées prévoient d’embaucher dans les cinq prochaines années.
La fédération rappelle que ces métiers rares ne survivent que parce que les véhicules anciens continuent d’être utilisés et entretenus.
Au-delà de l’économie directe, l’impact touristique des véhicules d’époque est significatif. Près de la moitié des collectionneurs participent à des manifestations, dépensant en moyenne 2 467 € par an en hébergement, restauration ou visites. Les déplacements liés à ces activités totalisent 1,5 million de nuitées par an.
Certains événements, comme le célèbre Le Mans Classic, génèrent à eux seuls jusqu’à 100 millions d’euros de retombées économiques à chaque édition. À cette dynamique s’ajoutent plus de 100 musées privés disséminés dans toute la France, qui attirent un public important, notamment dans des zones rurales.
Les clubs, quant à eux, structurent une vie associative dense, totalisant des centaines de milliers d’adhérents. Depuis 2024, plusieurs centaines de communes ont déjà signé la convention « Villes et Villages d’Accueil des Véhicules d’Époque », impulsée par la FFVE.
Un patrimoine national menacé par la fiscalité ?
Les véhicules anciens représentent un pan entier de l’histoire industrielle française. Des marques emblématiques, Panhard, Delage, Citroën, Renault, Peugeot ou Bugatti, témoignent d’un siècle d’innovation mécanique. Or, dans un marché international extrêmement dynamique, le patrimoine national se réduit déjà : de nombreuses pièces historiques sont parties à l’étranger au fil des décennies.
Taxer davantage les collectionneurs risquerait, selon la FFVE, d’accélérer ce phénomène. L’organisation alerte également sur la fragilisation possible des musées privés, dont l’équilibre financier est souvent précaire.
La conclusion de la fédération est sans ambiguïté : considérer les véhicules d’époque comme des actifs improductifs est une erreur. L’étude montre qu’ils soutiennent des emplois, irriguent les territoires, préservent un patrimoine culturel unique et créent de la richesse.
Exempter ces véhicules du nouvel IFI serait, selon la FFVE, un choix « logique et responsable », permettant de protéger les professionnels, d’encourager la transmission d’un héritage technique et culturel et d’éviter l’appauvrissement du patrimoine roulant français.