Malgré un contexte économique et politique peu favorable, le marché français des véhicules de collection a affiché en 2025 un regain de dynamisme spectaculaire, porté par des ventes aux enchères plus nombreuses et des acheteurs de plus en plus actifs. Les données issues de l’étude menée par Le Magazine des enchères pour les plateformes Interencheres et Auction.fr dessinent un marché mature, capable d’allier tradition et innovation, et confirment des tendances déjà observées depuis le début de la décennie.
Avec plus de 470 adhérents et partenaires, parmi lesquels figurent les maisons de vente françaises leaders telles qu’Artcurial, Osenat ou Aguttes, le groupe (Interencheres et Auction.fr) bénéficie d’une visibilité quasi exhaustive sur l’ensemble du marché des véhicules de collection en France. Cette position lui permet de mesurer l’évolution des comportements d’achat et de constater que, loin d’un simple phénomène de niche, les voitures anciennes continuent d’attirer un public passionné et diversifié.

Une année record en volume de ventes
En 2025, le marché a enregistré 4 385 véhicules de collection vendus sur Interencheres, contre 3 349 en 2024, soit une progression de 31 % des cessions. Le taux d’invendus reste stable, autour de 23 %, malgré une offre nettement plus étoffée. Les ventes aux enchères ont ainsi trouvé leur public, preuve que la passion automobile n’a rien perdu de sa vitalité.
Le second semestre 2025 a notamment été marqué par le succès spectaculaire des vacations de fin d’année. La vente « The Renault Icons » organisée le 7 décembre par Artcurial Motorcars dans les Usines Renault de Flins-sur-Seine en est l’exemple le plus frappant : plus de 1 000 enchérisseurs ont assisté à la vacation, qui a totalisé 12 millions d’euros d’adjudications. Cette vente a mis en lumière l’attachement du public à l’héritage automobile français et a confirmé que l’authenticité et l’historique des véhicules restent des critères déterminants pour les enchérisseurs.
Parallèlement, les sportives des années 1990 et 2000 ont connu une popularité croissante. Ce rajeunissement des générations de collectionneurs se traduit par un intérêt accru pour des modèles plus récents, dont les adjudications soutenues augurent un marché florissant pour les décennies à venir.
Le boom des enchères en ligne
Les enchères en ligne se sont imposées comme un vecteur incontournable du marché. Interencheres, premier site français d’enchères multispécialiste, a vu son produit d’adjudication pour les ventes Live progresser de 20 % en 2025, avec une hausse de 18 % du nombre moyen d’inscrits par vente. Cette démocratisation des enchères, facilitée par des descriptifs détaillés, photographies et vidéos, permet aux passionnés de s’engager sans se déplacer physiquement.
La proportion de véhicules de collection vendus en ligne est désormais majoritaire, atteignant 52 % en 2025, un chiffre stable par rapport à 2024 et en nette progression par rapport aux années précédentes. Les ventes de prestige ne sont pas en reste : 25 adjudications Live supérieures à 100 000 € ont été enregistrées en 2025, contre 9 en 2024, tandis que le panier moyen a progressé de 2 %. Ce virage numérique semble durable, avec des ventes entièrement dématérialisées (« Chrono ») en hausse de 14,2 % pour le segment des véhicules.
Authenticité et prestige, les moteurs des prix

Les prix atteints en 2025 soulignent l’importance de l’authenticité. Lors de la vente « The Renault Icons », l’intégralité des 180 lots proposés a été vendue, souvent au-delà des estimations. Une Renault Type NN Torpédo de 1925, estimée à 8 000 €, a été adjugée 20 468 €, tandis qu’une 4CV Luxe de 1949 a trouvé preneur à 24 080 €. Des modèles plus récents ou atypiques, comme la Renault R21 Supertourisme de 1989, ont également dépassé largement leurs estimations, atteignant 44 548 €.

La maison Aguttes, lors de sa vente d’automne, a confirmé cette tendance avec des véhicules jamais restaurés, dont les prix ont également dépassé les prévisions : une Amilcar CGSs de 1927 a été vendue 90 592 €, tandis qu’une Cisitalia 202 SC Berlinetta de 1948 a atteint 274 580 €. Même des modèles modestes, comme une Renault NN de 1927, ont suscité l’enthousiasme des enchérisseurs, adjugée 7 152 €.

Cette quête d’authenticité s’applique également à des modèles emblématiques de la culture populaire. C’est le cas de la Volkswagen Coccinelle 1303 Cabriolet de 1979, affichant seulement 18 km au compteur et encore revêtue de sa cire de sortie d’usine. Lors de la vente Bonhams du Grand Palais le 6 février 2025, ce cabriolet a été adjugé 74 750 €, dépassant largement l’estimation initiale de 30 000 à 50 000 €. Ce record illustre à quel point la conservation originale et l’histoire d’un véhicule peuvent séduire les collectionneurs, même pour des modèles populaires.

L’intérêt pour l’authenticité touche également des véhicules issus de la culture populaire et du cinéma. Une Mitsubishi Lancer Evolution VII ayant figuré dans le film 2 Fast 2 Furious a été vendue 291 200 €, soit jusqu’à 6 fois la valeur d’un modèle standard. La quête de rareté et d’histoire dépasse donc les catégories classiques de collection.
Les sportives et les voitures de course dopent le marché
Les sportives historiques et les modèles de compétition continuent de dominer le segment des enchères millionnaires. En 2025, 11 ventes ont franchi le seuil du million d’euros, avec des Ferrari et Renault de compétition en tête. Une Ferrari 275 GTB de 1966 a été adjugée 2 371 640 €, tandis qu’une 250 GT SWB de 1966 a trouvé preneur à 1 020 000 €.

Les modèles Renault de compétition, notamment la F1 Williams-Renault FW19 et la Renault RE 40-03, ont également enregistré des adjudications exceptionnelles, respectivement 1 312 400 € et 1 198 000 €. Ces résultats illustrent l’attractivité des véhicules ayant un palmarès sportif et confirment l’importance de l’histoire dans la valorisation des automobiles.

Les motos et voitures de sport récentes connaissent également ce phénomène. Une KTM 690 de Cyril Despres, victorieuse au Paris-Dakar, a été vendue 51 750 €, tandis qu’une Ferrari 550 Maranello ex-Michael Schumacher a atteint 270 584 €. Même les modèles de série transformés pour la compétition, comme la Renault 5 Turbo Groupe 4, ont conservé leur valeur, atteignant 169 200 €.
Porsche, une réhabilitation des modèles mal-aimés
Porsche reste une valeur sûre, mais les tendances changent. Les 356 et 911 « Classic » ont vu leurs prix corrigés depuis le pic de 2015, tandis que les SC et 996, autrefois moins prisées, connaissent désormais une forte demande. Une Porsche 911 SC 3.0 de 1981 a ainsi été vendue 50 568 € tandis qu’une 996 Carrera 4 de 1998 a atteint 37 760 €. Les Boxster et modèles récents, comme la 3.2 S de 2002, voient également leurs prix grimper, reflet de l’intérêt pour des véhicules plus récents et accessibles.

Les records se multiplient pour des modèles peu kilométrés. Une Porsche 964 Carrera 4 de 1991 avec seulement 29 430 km a été adjugée 143 922 €, dépassant largement l’estimation haute. La rareté et l’état d’origine restent donc des critères déterminants pour les enchérisseurs.
Le rajeunissement des collectionneurs
Les années 2025 confirment un renouvellement des générations de collectionneurs. Les sportives des années 1990 et 2000 séduisent de nouveaux acheteurs, comme en témoignent les Honda NSX de 1992, Mercedes AMG récentes ou BMW Z8. Une Honda NSX de 1992 affichant seulement 9 350 km a été vendue 143 420 €, tandis qu’une BMW Z8 de 2001 a atteint 322 260 €. Les Mercedes récentes, notamment les SL 55 AMG et CLK 55 AMG, ont également dépassé leurs estimations, signe d’une demande soutenue pour les véhicules performants et bien conservés.

L’essor de l’automobilia
Enfin, le marché de l’automobilia, comprenant plaques émaillées, affiches, pompes à essence ou voitures pour enfant motorisées, connaît un succès croissant. Des plaques Dunlop ou des affiches Michelin ont été vendues plusieurs fois au-dessus de leur estimation, tout comme une Agostini Countach Junior des années 1980, adjugée 45 204 €. Cette diversification des enchères confirme que la passion automobile ne se limite plus aux seuls véhicules, mais englobe l’histoire et la culture qui les entourent.

Le bilan 2025 du marché français des véhicules de collection confirme un dynamisme retrouvé, porté par l’authenticité, le palmarès, la rareté et le rajeunissement des collectionneurs. Les ventes aux enchères, en salle comme en ligne, ont prouvé leur attractivité et leur capacité à s’adapter aux nouvelles pratiques numériques. Les modèles anciens continuent de séduire, tandis que les sportives récentes, les véhicules de cinéma et l’automobilia trouvent leur place dans un marché en pleine mutation. L’année 2025 marque ainsi une étape majeure dans l’histoire des véhicules de collection, où passion, investissement et patrimoine se conjuguent pour écrire de nouveaux chapitres.