Il y a des routes qui ne sont pas seulement faites pour relier deux points sur une carte. La Nationale 7 est de celles-là. Elle serpente sur 966 km, de Paris à Menton, traversant villages et villes, accompagnant les vacanciers vers le soleil de la Côte d’Azur. Mais pour moi, elle est bien plus qu’un simple axe routier : c’est une ligne de vie, un fil rouge de souvenirs, d’enfance et d’adulte, un carnet de route où se mêlent paysages, histoires familiales et transformations d’un territoire.
Mon road-trip commence à Montélimar, ma ville natale, au cœur de la Drôme provençale, et se termine à Aix-en-Provence. Entre les deux, chaque kilomètre, chaque virage, chaque village évoque une époque, un moment, une émotion.
Ce tronçon de la Nationale 7, je l’ai parcouru des centaines de fois, parfois pour aller faire du shopping ou aller voir mes grands-parents. Dans l’autre sens, Avignon et le Pontet étaient nos destinations pour flâner et faire les magasins, sans jamais emprunter l’autoroute, toujours fidèles à la N7.
Le temps a changé le visage de cette route. Les murs peints, témoins de mon enfance, se délavent, et certains bâtiments ont disparu, remplacés par des constructions modernes. Les bâtiments autrefois animés laissent place à des friches, parfois taguées, avant d’être rasées. La Nationale 7, malgré ses évolutions, conserve cette aura intemporelle qui fascine toujours les automobilistes.
Montélimar : au pays du nougat
Dès l’entrée à Montélimar, la Nationale 7 se faufile entre les allées provençales et le boulevard Saint-James, rappelant son glorieux passé de route mythique. Ici, les nougatiers régnaient en maîtres : autrefois, ils distribuaient généreusement des nougats aux vacanciers bloqués dans les embouteillages.
Aujourd’hui, les usines de nougat continuent d’occuper une place majeure dans le paysage montilien, et le musée Arnaud Soubeyrand propose une plongée dans cet univers gourmand, tandis qu’à l’entrée nord de Montélimar, le Palais du Bonbon et du Nougat consacre un espace entier à la Nationale 7, comme pour rappeler que cette route a été bien plus qu’un simple trajet : elle a été le décor de nos vies.



En quittant Montélimar, la route continue vers Donzère et Pierrelatte. Ici, la N7 ne traverse plus le cœur des villes comme autrefois. Les déviations ont façonné mon enfance et ma vie d’adulte, me faisant côtoyer une route à la fois familière et moderne. Pourtant, malgré ces changements, chaque virage, chaque bâtiment, chaque panneau raconte une histoire, celle d’une route qui relie non seulement des villes, mais des souvenirs et des générations.

Lapalud, entre souvenirs de la N7 et mémoire industrielle
En longeant l’ancien tracé de la Nationale 7, après avoir quitté Les Blaches, on arrive à Lapalud, petite ville qui garde les traces de son histoire industrielle et de sa vie sur cette route mythique. Ici, le temps semble à la fois s’être arrêté et avoir poursuivi sa course : sur les murs du centre-ville, vestiges de fresques et publicités anciennes apparaissent encore, rappelant tantôt une enseigne pour la manufacture de balais, tantôt une publicité pour le nougat Canard Sauvage.





Lapalud était autrefois connue comme la capitale du balai. La paille de sorgho, cultivée dans la région, servait à fabriquer ces balais que l’on vendait directement sur le pas de porte des maisons bordant la Nationale 7.
Depuis octobre 1957, la Nationale 7 ne traverse plus le centre de Lapalud. Une déviation détourne désormais les automobilistes, laissant derrière elles le silence des rues que la circulation animait autrefois. Cette évolution a profondément transformé le paysage urbain, mais a aussi permis aux vestiges historiques et industriels de mieux se faire apprécier par ceux qui prennent le temps de s’arrêter à Lapalud et de regarder.
Mondragon et Mornas : entre route mythique et forteresse perchée
En poursuivant le voyage le long de la Nationale 7, après avoir quitté Lapalud, la route nous conduit à Mondragon, petite commune qui ouvre la voie vers Mornas. Ici, le trajet se fait paisible : un simple arrêt sur le parking au bord de la nationale permet de stationner sans difficulté, offrant un point d’observation idéal pour les automobilistes.
Mornas est surplombée par une imposante forteresse, dressée fièrement sur un éperon rocheux, symbole d’un passé défensif riche et d’une région au carrefour des routes historiques. L’ancien tracé de la Nationale 7 passait au pied des maisons, tandis que le nouveau tracé, légèrement élargi, reste proche de son itinéraire originel.


En continuant la route vers le sud, la vie locale se révèle au détour d’un regard. Sur la droite, en contrebas de l’esplanade des puces, l’animation est palpable : familles, promeneurs et chineurs se mêlent, rappelant que la Nationale 7 n’a jamais été qu’une simple route. Elle est aussi un lieu de rencontres, de commerce et de quotidien partagé, là où le patrimoine et la modernité se croisent à chaque virage.
Piolenc, capitale de l’ail
En traversant Piolenc, la Nationale 7 nous plonge au cœur de la Provence. Réputée comme la capitale de l’ail, cette culture traditionnelle y est cultivée depuis des siècles, et parfume encore aujourd’hui les marchés de Piolenc. Le centre historique pittoresque, avec ses façades colorées et sa petite place ombragée, transporte les automobilistes dans une ambiance typiquement provençale.

En quittant Piolenc, on remarque les traces du temps et des transformations. L’ancien musée de la Nationale 7, fermé en 2020 et victime des conséquences de la pandémie, a disparu, laissant place à de nouvelles fonctions dans le paysage local. Non loin de là, se trouve un autre vestige du quotidien : le magasin Mac Dan. Premier bazar que beaucoup de familles de la région ont connu, il était l’endroit où l’on venait pour faire du shopping, souvent en repartant avec des objets dont personne n’avait vraiment besoin. Aujourd’hui, le lieu a été repris par Centrakor, tandis qu’en face, le parc Alexis Gruss offre un espace de loisirs et de détente.
Orange : quand la Nationale 7 croise l’histoire romaine
La N7 poursuit sa descente vers le Midi, et c’est à Orange que la route se fait à la fois historique et contemporaine. À l’entrée de la ville, l’imposant Arc de Triomphe accueille les automobilistes. Érigé avant 20 avant J.-C., ce monument commémore la victoire de l’armée romaine sur le peuple gaulois.




Sur les abords de la route, le temps continue sa marche : une ancienne station-service a été reconvertie en boulangerie, tandis que certains bâtiments emblématiques ont disparu, modifiant le paysage familier des habitants. L’exemple le plus marquant est celui d’un hôtel aujourd’hui démoli, où subsistait encore la flèche d’une ancienne station-service, vestige d’une époque où la Nationale 7 était à la fois route, repère et rendez-vous pour les automobilistes.
Sorgues et Avignon : entre détour pittoresque et patrimoine vivant
En continuant vers le sud, la Nationale 7 traverse Sorgues sur son ancien tracé, tandis que le nouveau contourne la ville, offrant une circulation plus fluide mais laissant derrière lui le charme des rues bordées de commerces et de maisons anciennes. Sorgues, discrète mais vivante, garde le souvenir de ces jours où la route mythique animait ses artères.

Plus loin, après être passé par Le Pontet, la route mène à Avignon, ville où le pittoresque s’allie à l’histoire. La Nationale 7 emprunte aujourd’hui la rocade, mais pour qui veut sentir l’âme de la cité, il est préférable de suivre la D225 le long du Rhône. Là, les remparts majestueux, le célèbre Pont d’Avignon et le Palais des Papes se dévoilent, invitant à un arrêt pour explorer cette ville au patrimoine exceptionnel.
En juillet, Avignon devient un théâtre à ciel ouvert. Le Festival d’Avignon transforme la ville en une scène vivante, où des milliers d’artistes investissent plus d’une centaine de théâtres et défilent dans les rues.
Saint-Andiol : sur les traces de l’histoire et des traditions
En quittant Bompas et en suivant la D7N vers Aix-en-Provence, la route mène à Saint-Andiol, étape emblématique de ce voyage le long de la Nationale 7 et de ses extensions modernes. Ici, l’histoire s’invite sur les murs : une fresque rend hommage à Jean Moulin, symbole de la Résistance, puisque la ville se trouve sur le parcours de la route « Jean Moulin, chemin de la liberté », qui relie Saint-Andiol à Salon-de-Provence.


À la sortie de Saint-Andiol, une biscuiterie artisanale surprend les visiteurs. Elle propose une véritable plongée dans les années 1950 grâce à la reconstitution d’un village d’époque : fontaine, mairie, poste, place centrale… Tout y est, offrant un arrêt pittoresque et éducatif pour petits et grands.
Orgon : entre vestiges et panoramas
La Nationale 7 traverse d’abord Plan d’Orgon avant d’atteindre Orgon. Perché sur les hauteurs, Notre-Dame de Beauregard offre un panorama saisissant sur la plaine environnante, tandis que les ruines du château du Duc de Guise rappellent les épisodes tumultueux de l’histoire locale.






Lambesc : halte provençale sur la route mythique
En suivant la Nationale 7 vers le sud, après avoir dépassé Sénas, la route mène à Lambesc, village typique provençal où le temps semble s’écouler à un rythme différent. Le nouveau tracé de la N7 évite aujourd’hui le centre-ville, mais l’ancien parcours invite à flâner dans les ruelles et à s’imprégner de l’histoire locale. La rue Grande, en sens unique, conserve le charme des villages traversés par la route mythique.





Pour une halte, l’avenue Jules Ferry, près de l’école élémentaire, offre un stationnement idéal. Non loin de là, le moulin à vent de Bertoire rappelle l’époque pré-industrielle, dressé comme un témoin silencieux des siècles passés. En descendant à pied vers le centre, sur le trottoir de gauche, une borne de la Nationale 7 signale les distances vers les villes traversées, rendant hommage à cette route légendaire. Petit détail : il faut être à pied pour l’apercevoir, car les voitures stationnées peuvent la masquer.
Au détour d’une ruelle, un salon de thé vintage, “A l’ombre des Oliviers”, invite à la détente. Entre décor vintage et senteurs de café, c’est le lieu parfait pour une pause avant de reprendre la route vers Saint-Cannat et Célony.
Après plusieurs centaines de kilomètres le long de la Nationale 7 et de ses détours pittoresques, la route nous mène enfin à Aix-en-Provence, ville emblématique de la Provence. Connue pour ses avenues ombragées, ses fontaines historiques et son centre-ville où l’histoire se lit à chaque coin de rue, Aix-en-Provence marque la fin d’un road-trip depuis Montélimar.