L’automobile dans les années 60 épisode 3

À la fin des années 60, le monde est secoué par des mouvements sociaux qui remettent en question la guerre du Viêtnam et dénoncent les excès de la société de consommation. Les jeunes se mobilisent pour la paix, tandis que les travailleurs s’engagent dans des grèves massives. En France, les ouvriers des usines de constructeurs automobiles multiplient les actions revendicatives, luttant pour de meilleures conditions de travail et des salaires plus justes. Ces tensions sociales reflètent une époque de contestation, où les fractures idéologiques et économiques prennent le devant de la scène mondiale.

En 1967, la France atteint un nouveau record avec la production de 1,5 million de véhicules, tandis que la production mondiale s’élève à 360 millions d’automobiles. L’année suivante, lors des événements de Mai 68, les voitures se transformèrent en instruments de contestation, utilisées comme barricades ou mises à feu pour entraver l’avancée des forces de l’ordre. Malgré les grèves des ouvriers et les tensions sociales, les industriels poursuivent leur production, déterminés à répondre à la demande croissante et à innover. Les constructeurs continuent d’imaginer des voitures accessibles et modernes pour tous, malgré le climat de crise.

La Citroën Méhari, la voiture de loisirs

La Citroën Méhari, véritable symbole de la voiture de loisir, voit le jour en 1968. Inspirée par des concepts antérieurs de véhicules légers et polyvalents, elle incarne l’esprit d’innovation et de simplicité qui caractérise la marque française.

L’histoire de la Méhari commence dans les années 1950 à Abidjan, où Maurice Delignon réalise un premier prototype de Jeep basé sur la 2CV, utilisant des panneaux nervurés. Cette initiative donne l’idée à deux industriels de créer, en 1963, une jeep légère baptisée Baby-Brousse, produite à 30 000 exemplaires. Ce modèle rencontre un succès notable et inspire la fabrication de véhicules similaires au Vietnam, en Iran, au Chili et en Grèce.

L’automobile dans les années 60 épisode 3

Citroën reprend alors le concept avec des améliorations notables. La société développe le modèle FAF, doté d’une cabine en tôle pensée pour les pays en voie de développement. Si son succès reste modeste face à la Baby-Brousse, ce dernier conserve sa popularité en tant que voiture de plage et de loisirs.

L’idée d’un véhicule récréatif en plastique teinté dans la masse germe dans l’esprit du Marquis Roland de la Poype, industriel spécialisé dans les matières plastiques. Il conçoit ainsi une carrosserie en ABS thermoformable, légère et résistante, qui deviendra l’un des traits distinctifs de la Méhari.

Basée sur le châssis de la Citroën Dyane, la Méhari est équipée d’un moteur de 602 cm³ type AK2, et ses composants proviennent de différents modèles de la marque. Présentée le 11 mai 1968 au Golf de Deauville, la première série est produite uniquement pendant un an, de 1968 à 1969, en trois teintes : rouge harpi, vert montana et beige kalahari. Par la suite, la carrosserie évolue et de nouvelles couleurs font leur apparition, renforçant l’attrait du modèle.

La production de la Méhari se poursuit jusqu’en 1987, marquant près de deux décennies de liberté, de plage et d’aventures en plein air. Véritable icône de son époque, elle reste aujourd’hui un symbole intemporel de l’ingéniosité française et du plaisir de conduire en toute simplicité.

La Renault 6, nouvelle voiture de la marque pour agrandir sa gamme

Au Salon automobile de 1968, Renault a levé le voile sur sa dernière création : la Renault 6. Conçue pour compléter la gamme du constructeur français et rivaliser avec des modèles emblématiques comme la Volkswagen Coccinelle et la Citroën Ami 6, la R6 incarne la vision de Pierre Dreyfus, alors président de Renault, qui souhaitait offrir aux conducteurs une alternative moderne et pratique dans le segment des petites voitures.

Dotée d’une carrosserie à cinq portes avec hayon arrière, la Renault 6 se distingue par son intérieur modulable. La banquette arrière, qui se bascule facilement, permet d’adapter l’espace aux besoins du conducteur et de sa famille. Sous le capot, un moteur de 845 cm³ délivre 38 ch, tandis que la mécanique reprend des éléments éprouvés de la Renault 4, notamment les suspensions à barres de torsion et la boîte de vitesses.

Présentée comme la « sœur cadette » de la Renault 16, la R6 allie esthétisme et fonctionnalité. Selon la brochure officielle, ses lignes élégantes et ses proportions harmonieuses lui permettent de concilier style et praticité, un équilibre rare dans le paysage automobile de l’époque.

La production de la Renault 6 s’est arrêtée en France en 1980, mais elle a continué à être fabriquée à l’étranger, en Argentine, en Colombie et en Espagne, jusqu’en 1986. Au total, ce sont 1 743 314 exemplaires qui ont vu le jour entre 1968 et 1986, marquant durablement l’histoire de Renault et des citadines européennes.

La Peugeot 504, la voiture aux yeux de Sophia Loren

Prévue initialement pour une présentation publique en juin 1968, la Peugeot 504 voit son lancement reporté à septembre en raison des bouleversements survenus lors des événements de mai. Succédant à la populaire 404, cette nouvelle grande routière marque un tournant pour Peugeot, alliant confort, performance et design audacieux.

Dès sa sortie, la 504 est proposée en berline classique, ainsi qu’en version avec toit ouvrant, répondant à une clientèle en quête de modernité et de raffinement. Sous sa carrosserie monobloc « tout acier », la voiture adopte une architecture classique mais efficace : moteur avant, propulsion arrière, suspensions à quatre roues indépendantes avec barres anti-dévers, train arrière à bras tirés et freins à disque assistés sur les quatre roues.

Côté motorisation, Peugeot offre le choix entre un moteur de 1 796 cm³ à carburateur ou le même bloc à injection indirecte d’essence. Résultat : une voiture confortable, performante et sécurisante, capable de rivaliser avec les meilleures grandes routières de son époque. Son habitacle soigné et son équipement généreux en font une référence du segment luxueux.

L’esthétique de la 504 est le fruit d’une collaboration franco-italienne. Le bureau de style de Peugeot conçoit la face avant, tandis que le célèbre carrossier Pininfarina signe la ligne latérale et la brisure du coffre. À ce propos, le designer italien déclarera, après avoir renoncé à imposer son propre projet : « Elle a les yeux de Sophia Loren », soulignant le caractère unique et séduisant de la berline.

Sur le plan sportif, la 504 s’illustre également. Elle s’impose à plusieurs reprises dans les rallyes africains emblématiques, tels que l’East African Safari, le rallye du Maroc ou encore le rallye Bandama, démontrant une fiabilité et une endurance hors pair.

Produite de 1968 à 2005, la Peugeot 504 connaîtra plusieurs restylages et s’écoulera à 3 713 356 exemplaires, confirmant son statut de modèle iconique dans l’histoire de l’automobile française. Entre élégance, confort et robustesse, la 504 reste une référence qui a su traverser les décennies.

Crédit photos : Citroën, Peugeot, Renault, Bibliothèque de Paris

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Focus sur les véhicules produits dans les années 60